Installer une routine du soir, sereine et sans cri…

Retrouvez un nouvel article de Valérie BREGANZE, Professeur en Rééducation Scolaire pour Elèves à Besoins Educatifs Particuliers, qui nous invite cette fois à nous interroger sur nos routines du soir avec nos enfants.

À chaque rentrée scolaire, on rêve, parents, de parvenir à pouvoir mettre en place LA routine miracle. Mais malheureusement, cela ne se passe pas toujours comme on l’a rêvé. Chaque jour, c’est le même scénario : expliquer, négocier, séduire, convaincre, contraindre, menacer. Et cela n’entretient pas des relations sereines à la maison…

Et si le problème n’était pas la routine du soir en elle-même, mais la façon dont nous la faisons vivre à nos enfants ?

Pour les enfants porteurs de TND, les transitions, la succession des consignes, la fatigue de la journée ajoutées aux possibles particularités sensorielles peuvent rendre ce moment particulièrement exigeant.

Voici trois prises de conscience qui vont nous aider à réinventer le fameux tunnel « devoirs, bain, diner, dodo ».

1ère prise de conscience :

Nous transmettons aux enfants notre rapport au travail

« Fais vite, débarrasse-toi de tes devoirs ! Tu seras tranquille ensuite ». Cette invitation, on l’a tout(e)s dite au moins une, deux ou trois fois… par soirée !

Or le message sous-entendu derrière n’est ni plus moins que : travail = corvée = obstacle dans la vie. Et finalement, on va plutôt insister sur la pénibilité.

Et si notre proposition devenait plutôt : « Viens, on va prendre du temps pour le travail, puis on passera à autre chose » On passerait d’une proposition d’élimination de la tâche, à une logique d’accompagnement de celle-ci.

Pour certains enfants, notamment lorsqu’ils ont des difficultés d’initiation, d’organisation ou de fonctions exécutives, commencer une tâche peut déjà représenter un effort important. Notre rôle peut être alors de rendre le démarrage plus prévisible et plus accessible, plutôt que d’ajouter de la pression.

2ème prise de conscience :

Le « vite/vite/vite » n’est pas synonyme d’être efficace

Avec les enfants, les soirées prennent souvent le rythme d’une chaine de production : « Vite les devoirs, vite la douche, vite le dîner… »

Or, plus on enchaîne les demandes et les changements sans laisser de temps d’adaptation, plus certains enfants peuvent avoir des difficultés à suivre.

Chez un enfant avec un TND, la transition d’une activité à une autre peut demander davantage de temps, de préparation ou de soutien.

Pour essayer de gagner seulement 15 minutes, on va perdre de la qualité relationnelle, de la disponibilité, de l’écoute. Et lorsque l’enfant est déjà très sollicité par sa journée, ajouter de la pression ne permet pas toujours d’aller plus vite.

💡La petite lecture pour illustrer : un album du Père Castor : « Vite, vite ! » de Magdalena et Isabelle Maroger

Ecoutez l’histoire sur YouTube : https://www.youtube.com/

3ème prise de conscience :

Un enfant ne possède pas de bouton off

Les enfants ne peuvent pas passer des devoirs – à la douche – au diner – à l’histoire – au dodo comme une course contre la montre. Ils ont besoin de transition. La soirée peut être pensée comme une descente progressive vers le calme, plutôt que comme une succession d’étapes à accomplir le plus rapidement possible.

Pour certains enfants porteurs d’un TND, ce besoin de transition peut être encore plus marqué.

La soirée devient alors moins une course contre la montre qu’un sas de décompression.

Voici quelques ajustements très concrets à mettre en place pour installer plus facilement une routine efficace :

1 – Remplacer « vite » par une information temporelle plus précise.

Par exemple : « Dans 10 minutes, on passe à table ».
Un timer, un sablier ou un Time Timer peut rendre le temps visible et éviter que l’adulte soit constamment celui qui rappelle l’échéance. L’enfant n’a alors plus besoin de s’appuyer uniquement sur notre parole pour comprendre que le moment approche.

Time timer sur fond blanc avec le temps en rouge qui diminue au fur et à mesure

2 – Préparer les transitions pour éviter les débordements et anticiper les changements.

On peut utiliser un emploi du temps visuel pour détailler chaque étape de la routine du soir. Pour certains enfants, notamment ceux qui ont besoin de beaucoup de prévisibilité, voir ce qui va se passer peut être beaucoup plus sécurisant que de recevoir une succession de consignes orales.

@minireyve

3 – Faire une chose à la fois pour être présent et ralentir.

Lorsque nous sommes pressés, nous avons tendance à multiplier les demandes. Pour certains enfants, cette accumulation peut rapidement devenir difficile à traiter. Une consigne à la fois. Et surtout, laisser le temps de la réaliser avant d’en ajouter une nouvelle. Cela permet aussi à l’adulte de ralentir et d’être réellement présent.

4 – Créer un rituel de présence.

 « Je suis là pour toi, nous ne sommes pas pressés ».

Quelques minutes de présence réelle peuvent parfois être plus efficaces qu’une succession de rappels et de sollicitations.

5 – Optimiser la soirée, pas seulement l’heure du coucher.

Et si nous nous posions cette question : Qu’est-ce que je cherche réellement à optimiser ce soir ? L’heure du coucher ? Ou la qualité du moment partagé avec mon enfant ? Bien sûr, le sommeil est important et certaines contraintes horaires sont incontournables. Mais la recherche permanente de quelques minutes peut parfois nous faire oublier que la soirée est aussi un moment de retour au calme, de connexion et de sécurité.

La routine du soir n’a donc pas forcément besoin d’être parfaite. Elle a surtout besoin d’être prévisible, suffisamment souple et adaptée aux besoins de l’enfant et à ceux de ses parents. L’objectif n’est pas d’aller plus vite. L’objectif est d’aider l’enfant à passer progressivement d’une journée riche en sollicitations à un état suffisamment calme et sécurisé pour pouvoir dormir.

👉 À suivre… de nouvelles recettes pour accompagner vos enfants à découvrir dans nos prochains articles !

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